LA CITÉ SCOLAIRE D’AUBERVILLIERS, UNE LEÇON DE VIE. IL EST PARTI TROP TÔT

Je ne citerai pas le prénom de l’élève en question. Certains de mes lecteurs, revivrons peut-être ce moment difficile avec moi, d’autres ne comprendront peut-être pas, certains seront émus. Il n’y a qu’une seule chose que je demanderai à n’importe lequel d’entre vous, c’est d’appliquer un respect sans faille à cet article.

La fin de l’année approchait, et les longs week-ends du mois de mai avec. Tout le monde apprécie ces moments. Mais il a suffit d’un message pour que mon cœur s’arrête de battre l’espace d’un instant.

Contente du long week-end qui arrivait, je me souviens très bien que j’allais chercher mon homme chez lui. C’est en l’attendant, que j’ai reçu un message, qui m’annonçait qu’un de mes élèves se trouvait entre la vie et la mort.

J’ai forcément demandé ce qui lui était arrivé. Ce jeune homme avait toute sa santé. Il était grand, fort, il ne laissait pas présager un tel malheur. Mais voilà, il ne savait pas nager …

Il était parti s’amuser avec quelques copains de sa classe, a voulu faire comme eux, et a sauté dans l’eau. Mais il n’avait pas réalisé à quel point son envie de faire comme les autres était dangereuse.

Alors bien sûr, en apprenant cela, j’ai espéré de tout cœur qu’il s’en sorte. D’autant plus que cet élève avait un sacré profil. Particulièrement rebelle, il m’a donné du fil à retordre. C’est d’ailleurs bel et bien le seul élève que j’ai menacé de virer, à qui j’ai demandé d’aller prendre l’air et qui a carrément tenté de partir de mon cours … Et ça, c’était le mercredi qui précédait sa noyade.

Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point je me suis détestée. Pourtant, je sais bien que son comportement était excessif,  et que je n’avais pas d’autres choix que d’agir. Mais il était attachant cet élève. Il souffrait intérieurement et ne savait simplement pas comment le dire. Il faisait partie des élèves de ma classe non francophones, et lui aussi, avait une histoire horriblement horrible.

Malgré mon attente et mon espoir, il ne s’était pas relevé. Son insouciance lui avait été fatale. Il était plongé dans un coma artificiel, non pas pour tenter de survivre, mais pour conserver ses organes et en faire don.

Lorsque j’ai compris que je ne le reverrai pas, aucune réaction n’a émané de moi. C’était comme si tout était vide.

D’autant plus que pour ajouter malheur à cela, nous apprenions qu’un de nos chefs avait eu un accident de moto, et qu’il était dans un état critique. En un week-end, le bonheur de voir la fin d’année arriver s’était effondré.

L’établissement était en berne.

Une cellule de crise a bien sûr été mise en place. Mais complètement vide, je n’ai jamais fait appel aux psychologues, qui étaient pourtant bien là.

Une cérémonie à l’église a eu lieu, avant qu’il soit enterré. Incapable de me rendre à l’enterrement, je me suis tout de même rendue à cette cérémonie. La culture de mon élève était magnifique. Si ce moment avait été très dur, les chants de la fin ont fait couler toutes mes larmes. Il était temps de dire au revoir …

J’ai du finir par retourner en cours avec mes élèves, et notamment ma classe de non francophones. Mon élève était encore sur la liste d’appel.

Si j’avais très peur de complètement m’effondrer devant ma classe, c’est finalement ce qui m’a fait un bien fou. J’ai discuté avec eux. Pour la première fois, je passais un cours, assise sur la pelouse, à discuter avec mes élèves comme si nous étions de simples potes en train de profiter du soleil.

Chacun avait parlé de son ressenti. Chacun m’avait raconté l’histoire à sa façon. Je pouvais parler à cœur ouvert à ces élèves, ils me comprenaient. Être prof à ce moment-là, c’était plus que transmettre un apprentissage. Ici, nous partagions pour nous relever ensemble.

Et si j’avais soutenu ces élèves toute l’année, cette fois-ci, c’était eux qui me soutenaient.

L’année touchait à sa fin, et les vacances arrivaient. Persuadée que cela me permettrait de mettre tout cela de côté.

C’est vrai, les vacances m’avaient fait du bien l’espace de 2 mois. Mais la réalité, c’est qu’en septembre, j’avais beaucoup de mal à m’imaginer face à des élèves. Je ne voulais pas m’attacher, j’avais décidé de rester neutre face à eux. Je m’étais dit que j’enverrai celui qui a un souci parler à la psychologue du collège. Mais qui peut bien aller contre nature ?

C’est vrai, cet élève n’était pas de ma famille, je ne le connaissais que depuis quelques mois, il n’était pas le plus sage, pas le plus travailleur. Mais il était mon élève.

Publié par audreyg04

Passionnée par de multiples choses dans divers domaines, j'apprécie écrire depuis très longtemps. Mais jusque là je n'avais jamais osé publier ce que j'écris. J'ai décidé qu'il était de changer et j'ai donc créé ce blog.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :